Anissa Maâ

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Chercheuse à l'Université libre de Bruxelles - Docteure en Sciences politiques et sociales

 

Bureau S14.111

Université Libre de Bruxelles

Institut de Sociologie

Avenue Jeanne 44, CP-124

B-1050 Bruxelles (Belgique)

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Domaines d'intérêt

Gouvernement international des migrations et contrôle des frontières
Migrations internationales et intra-africaines
Pratiques d'éloignement, expulsions, retours volontaires
Organisation Internationale pour les Migrations (OIM)
Espaces euroméditerranéen et africain, Maroc
Ethnographie

Informations secrétariat

Chercheuse associée: Laboratoire Mixte International de recherche "Mobilités, Voyages, Innovations et Dynamiques dans les Afriques méditerranéenne et subsaharienne" (MOVIDA): https://movida.hypotheses.org/2233 

Présentation des recherches

Titre de la thèse:

"Signer la déportation". Violence, intermédiation et agencéité migrante dans les retours volontaires depuis le Maroc. 

Année de soutenance:

2019-2020

Présentation de la thèse:

La thèse doctorale porte sur les programmes d' « Aide au Retour Volontaire et à la Réintégration » organisés par l'Organisations Internationale pour les Migrations (OIM) en direction de migrants ouest et centre africains présents au Maroc. Elle s'appuie sur des terrains de recherche ethnographique menés au Maroc entre 2016 et 2018, et appréhende les retours volontaires à partir de trois pôles : la violence, l’intermédiation et l’agencéité migrante.

Cette thèse a été soutenue par un financement du F.R.S-FNRS (Mandat d'Aspirant F.R.S-FNRS: 2015-2019).

Résumé de la thèse: 

Le retour volontaire est une pratique d’éloignement qui a la particularité de s’appuyer – en principe tout du moins – sur la « volonté » des migrants. Cependant, le caractère éminemment contraint de la décision de retour conduit la plupart des études critiques à appréhender les retours volontaires comme une forme dissimulée d’expulsion. Par là même, ces travaux amènent à déconsidérer le rôle des migrants dans le processus de retour, les condamnant en fait à la passivité. Or, l’ambigüité des retours volontaires ne peut se révéler féconde qu’à condition de substituer au cadre dichotomique de la « contrainte » et de la « volonté », une analyse des formes complexes de relations de pouvoir sur lesquelles repose l’éloignement. C’est précisément à cette tâche que s’attelle la thèse, en s’appuyant sur des observations issues de terrains de recherche ethnographique menés au Maroc entre 2016 et 2018.

Dans cette perspective, la thèse s’intéresse aux migrants ouest et centre africains qui s’engagent depuis le Maroc, dans une procédure d’ « Aide au Retour Volontaire et à la Réintégration » (AVRR) auprès de l’Organisation Internationale pour les Migrations (OIM). Selon la formule consacrée par ces migrants, s’inscrire à l’OIM est synonyme de « signer la déportation ». À travers cette expression émique, ils et elles révèlent que la violence des frontières et l’agencéité migrante tendent à se confondre dans l’expérience du retour volontaire. La thèse dépasse cependant cette dialectique de la « violence » et de l’ « agencéité », pour la compléter par un troisième terme : celui de l’intermédiation. En effet, entre les migrants et le service de l’OIM, se trouve un espace peuplé d’acteurs hétérogènes qui jouent un rôle décisif dans le processus d’éloignement. Ces « agents intermédiaires du retour » se divisent en deux sous-groupes : les « intermédiaires humanitaires » et les « intermédiaires indigènes », ces derniers ayant la particularité d’être des migrants professionnalisés dans le contrôle migratoire. C’est dans cet espace relationnel que se joue la part d’indétermination, non seulement de l’issue, mais également des modalités du retour volontaire. Autrement dit, c’est là que convergent, se contestent et/ou se déforment l’un l’autre, mécanisme de contrôle et agencéité migrante.

Ni tout à fait réductible à une forme d’expulsion, ni exclusivement synonyme d’une liberté d’action des migrants, le retour volontaire se façonne donc à partir de trois pôles en tension : la violence, l’intermédiation et l’agencéité migrante. La portée de cette thèse dépasse largement le seul cas des programmes de l’OIM, puisqu’elle offre un triptyque analytique à même d’appréhender les mutations contemporaines de l’exercice du contrôle migratoire, sur le territoire européen et au-delà.
 

Travaux sélectionnés

Anissa Maâ (2020), « "Le retour incertain d’Aya et de Prince". Penser l'incertitude et l'intermédiation des retours volontaires à partir d'une trajectoire féminine en instance de départ depuis le Maroc », Emulations - Revue de sciences sociales, (34), p. 51-75. DOI: https://doi.org/10.14428/emulations.034.03

Anissa Maâ (2020), Manufacturing collaboration in the deportation field: intermediation and the institutionalisation of the International Organisation for Migration’s ‘voluntary return’ programmes in Morocco, The Journal of North African Studies, DOI: https://doi.org/10.1080/13629387.2020.1800210

Anissa Maâ (2019), « "Signer la déportation". Agencéité migrante et retours volontaires depuis le Maroc », Terrain [En ligne], Terrains, mis en ligne le 14 novembre 2019. DOI : https://doi.org/10.4000/terrain.18653