Approches Critiques de la Race 2022-2023

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Plusieurs séminaires seront organisés tout au long de l'année académique 2022-2023.

Responsables scientifiques : Sarah Demart, Abdellali Hajjat, Jean Illi, Sibo Kanobana et Marti Luntumbue
Contact : jean.illi@ulb.be / marti.luntumbue@ulb.be

 

29 septembre 2022

Ya-Han Chuang : « L’intégration segmentée, l’antiracisme différencié : l’espace des mobilisations antiracistes asiatiques en France »

En France comme en Amérique du Nord, les trajectoires des populations asiatiques s’observent souvent comme un mode de pluralisme, à savoir une mobilité sociale significative dans la sphère socio-professionnelle accompagnée par une persistance des caractéristiques culturelles de la société d’origine. Dans quelle mesure ce type de trajectoire va-t-il façonner leurs expériences de discrimination et leurs modalités des actions collectives ? Cette étude vise à analyser les discours et les actions antiracistes des descendants d’immigrés asiatiques qui se multiplient en France depuis 2016, en prenant en compte les dynamiques endogènes et exogènes avec les autres groupes minoritaires. Tandis que la réussite socio-professionnelle atténue la perception de discrimination, elle façonne également une représentation sociale que les descendants d’immigrés cherchent à déconstruire par des actions politiques, judicaires et culturelles. Malgré l'émergence d’une identification panasiatique qui paraît fédératrice, deux lignes de clivage – d'un côté le lien avec la mémoire et à la représentation contemporaine du pays d’origine et, de l’autre, l’attitude par rapport à l’histoire de la colonisation française – divisent les acteurs au sujet de leurs revendications et de leur perception du rapport inter-minoritaire.

Ya-Han Chuang est chercheuse postdoctorale au CERI (Sciences Po Paris). Elle a notamment publié Une minorité modèle ? Chinois de France et racisme anti-Asiatiques (La Découverte, 2021).

 

20 octobre 2022

Sibo Kanobana : « Blanc, flamand, Bruxelles. Une exploration de la blanchité dans le contexte bruxellois »

En tant que sociolinguiste, Sibo Kanobana étudie l'impact des signes linguistiques et sémiotiques sur la stratification ethnique du marché de l’emploi. En particulier dans le contexte bruxellois, il apparaît que la politique de bilinguisme français-néerlandais sert un ordre social racisé dans un cadre idéologique blanc, c’est-à-dire la blanchité. Sur base de données ethnographiques recueillies lors d'une formation pour agents de sécurité à Bruxelles, Sibo Kanobana explore comment - et avec quels conséquences - à Bruxelles la langue néerlandaise et ses associations avec toutes chose et personnes considérées «flamandes» - semble fonctionner comme un emblème de la blanchité.

Sibo Kanobana est titulaire d'un doctorat en sociolinguistique de l'Université de Gand et est actuellement assistant professor en cultural studies à l'Open University des Pays-Bas.

 

24 novembre 2022

Kenza Talmat : « Coalition inter-minoritaire et solidarité transnationale : réflexion à partir du cas des alliances ‘noirabes’ franciliennes à l'épreuve de l’esclavage en Libye »

On compte désormais en Europe francophone une riche littérature empirique interrogeant à diverses échelles les processus de racialisation et leurs articulations avec d’autres rapports sociaux, tout en relégitimant la valeur heuristique du retour réflexif des minorités sur leur expérience d’altérisation. Toutefois, la recherche reste largement dominée par un nationalisme méthodologique ethnocentré et borné à l’exploration du rapport majoritaire/minoritaire. En cela, elle peine encore à rendre de manière dynamique la coprésence et la formation des racialisations minoritaires en relation les unes avec les autres. Dans cette communication, j’illustrerai la valeur heuristique du miroir minoritaire dans l’exposition du racisme et de ses contraintes à partir de l’analyse de la réception par des militant·e·s racialisé·e·s en tant que « Noir·e·s » et « Maghrébin·e·s » de la controverse ayant émergé au sein de l’« antiracisme politique » francilien suite à la médiatisation de pratiques esclavagistes en Libye par l’organe de presse étasunien CNN (novembre 2017). En analysant l’articulation entre la négrophobie et l’islamophobie par leur impact sur les processus de subjectivation et d'auto-identification de ces militant·e·s, je discuterai des défis posés par le racisme dans la manifestation effective de solidarité antiraciste glocale en contexte diasporique.

Kenza Talmat est doctorante en sciences sociales en co-tutelle à l’Université Libre de Bruxelles (GERME) et à l’Université Paris Nanterre (LAVUE-Mosaïques). Sa thèse porte sur les alliances inter-minoritaires en contexte français.

 

15 décembre 2022

Ibrahim Bechrouri : « Malcolm X Boulevard & W 116th Street : à l'intersection des identités noires, des islams et du projet de sécurité nationale de la police de New York »

Après le 11 septembre 2001, la police de New York (NYPD) décide de se mettre en capacité de lutter contre le terrorisme, notamment au travers d’un programme de surveillance des populations musulmanes qui existe encore aujourd’hui. Les pratiques de surveillance du NYPD ont participé à la racialisation et à l’altérisation des communautés musulmanes newyorkaises mais leur a aussi, en adoptant une approche différenciée largement influencée par un certain nombre de représentations, assigné des rôles et des tendances en fonction de leur genre, de leur classe, de leur ethnie, de leur race et de leurs pratiques religieuses. Cette séance se focalisera particulièrement sur la manière dont le NYPD a mis à profit les différences, réelles et perçues, de deux communautés musulmanes noires américaines dans le cadre de son programme de lutte antiterroriste.

Ibrahim Bechrouri est enseignant à l’Université de la ville de New York. Ses travaux portent sur le terrorisme, l’antiterrorisme, le colonialisme, la surveillance, la race et l’islamophobie. Ils ont été publiés, entre autres, dans Politique américaine, Surveillance & Society et Les Champs de Mars.

 

19 janvier 2023

Laura Nsengiyumva : « The case of artivism, What is it to create a documented art ? »

The term artivism, as a self-definition, still triggers some fears and misconceptions. It seems to challenge a conception of “contemporary art” that is based on individual expression, without intention.  It also challenges the academic by exposing its blinspots. Nsengiyumva's artistic research, Shaping the presence of the African Diaspora in Belgium has since 2018 demonstrated different bottom-up experiences like PeoPL and Queen Nikkolah. This conversation aims to give the state of the art of artivism in Belgium, with a focus on the invisibility or maybe hypervisibility that makes it prone to political recuperation.

Laura Nsengiyumva is an artist, activist and a phD candidate at Gent University. Through her interdisciplinary practice, Nsengiyumva explores themes such as diasporic experience, hidden histories, North-South relations and empathy. She speaks about these topics through images and interventions on colonial spaces.

 

9 février 2023

Véronique Clette Gakuba : « Double conscience et rapport aux morts dans les luttes afrodescendantes »

Mon intervention interrogera la place des morts dans les luttes afrodescendantes. Je m’appuierai sur les écrits de W.E.B. Du Bois et de Nathalie Etoke qui permettent de considérer que les communautés noires africaines ne font pas tant se souvenir des morts que de répondre à l’appel des défunts à connecter avec le monde des morts. A partir d’un terrain bruxellois, je partirai de l’observation qui est que les luttes noires s’accompagnent souvent d’un hommage aux morts. Par-delà les enjeux purs de commémoration, je tenterai de proposer une lecture plus approfondie de ce que ces transactions avec le monde des morts – lesquelles se déploient souvent par le biais d’expressions artistiques fortes – recouvrent comme enjeux pour le renforcement des luttes noires. Plus particulièrement, je traiterai le lien entre « répondre à l’appel des défunts » et la résolution de la double conscience posée par Du Bois. 

Véronique Clette-Gakuba est membre du centre de recherche METICES (ULB). Elle est membre du Collectif Présences Noires et actuellement en train de terminer une thèse de doctorat intitulée "Déploiement d'un monde noir aux prises avec la colonialité dans l'art et la culture à Bruxelles" (titre provisoire).

 

9 mars 2023

Fania Noël : « The intimate enemy: radical feminism against Black feminisms »           

This presentation will discuss the opposition by the so-called radical feminists’ movements towards black feminist movements in France. This impossibility translates into the idea of the impossible last two kilometers. These two kilometers represent the metaphoric distance that still separate radical feminism from the black feminisms radical thinking. Rather than remobilizing concepts of femonationalism, we will analyze how a form of antifeminism reconfigures itself within the antagonism to black feminisms. Through the analysis of texts, discourses and various stances, I will try to prove the following theory: This opposition, in addition to being a form of antifeminism, demonstrates the impossibility for those movements to think of equality as a radical concept.

Fania Noël is an afrofeminist activist and writer, as well as a Phd candidate in sociology at the New School For Social Research (New York). Her doctoral thesis “Noir in Place: Spatializing Black Politics in contemporary France” focuses on Black organizations’ ideological and political spaces in France. Her fields of research are Africana and Black studies with an emphasis on Black feminisms’ radical theories and cultural studies.

 

20 avril 2023

Ama Kissi : « Racialized disparities in pain (care): An examination of the role of provider and pain sufferer factors »

Receiving quality pain care is a human right. Unfortunately, evidence suggests that the extent to which pain sufferers can appeal to this right often depends on their so-called race. Indeed, extant evidence indicates that in countries where the racialized majority is White, people of colour (e.g.,  Black people) are less likely to receive appropriate pain care (e.g., less analgesics, shorter medical encounters, …). These racialized disparities have been observed across various medical settings (e.g., emergency departments, palliative care units), pain conditions (e.g., chronic pain and cancer pain), and ages (e.g., children and adults). At present, however, little is known about the underlying mechanisms that may account for these disparities. In this talk I will discuss how observer (i.e., attentional processing of pain, racialized evaluations, enacted behaviors) and pain sufferer (i.e., perceptions of racialized discrimination) factors may be relevant for our understanding of racialized disparities in pain care and its impact on health outcomes. Theoretical and clinical implications, and ideas for future research will be offered.

Ama Kissi (Ph.D.) is a postdoctoral researcher at Ghent University and a licensed clinical psychologist. Her research aims to unravel those factors that may account for racial disparities in health care (with a particular focus on pain assessments and treatments).

 

25 mai 2023

Jean Illi : « Esquisse d’une économie décoloniale bruxelloise : Les politiques de l’espace public de la rue au parlement »

Depuis le début des années 1990, les débats entourant le passé colonial belge n'ont cessé de prendre de l'ampleur s’imposant peu à peu au cœur du débat public.    
Au lendemain des manifestations contre les violences policières de 2020 ayant braqué les projecteurs sur les discriminations structurelles subies par les communautés noires et la survivance, en occident, de dynamiques issues des périodes coloniales, diverses institutions se sont engagées dans des initiatives présentées comme « décoloniales ». Conférences, expositions, pièces de théâtre, séminaires, projets de recherche ou comités de travail, commissions d’enquête communales ou parlementaire, les initiatives décoloniales portées par des institutions culturelles, académiques et politiques se sont multipliées. Ce Momentum a donné lieu à la structuration d’une économie décoloniale au sein de laquelle interagissent des acteurs militants cherchant à obtenir visibilité et financements afin de poursuivre leurs actions et des acteurs institutionnels souhaitant prouver leur soutien à la cause à travers la définition de projets ou l’octroi de financements. Au cœur de ce bouillonnement, le concept décolonial, théorisé puis mis en pratique dans des milieux militants et académiques noirs et afro-descendants au milieu du XXème siècle, a subi diverses formes de négociations susceptibles d'en avoir modifié la valeur épistémique et politique.

Nous nous concentrerons ici sur les débats relatifs à l’espace public bruxellois afin de questionner les tensions et luttes se jouant au sein de cette économie décoloniale bruxelloise et de déterminer les gains et risques potentiels entourant l’institutionnalisation de la pensée et des luttes décoloniales.

Jean Illi est doctorant à l’Université Libre de Bruxelles (LAMC). Membre du projet HERICOL dédié aux héritages coloniaux en Belgique, sa thèse porte sur les prises en charge institutionnelles des débats relatifs à la décolonisation de l’espace public à Bruxelles.

 

8 juin 2023

Marti Luntumbue : « La cause décoloniale au prisme de la controverse Lumumba »

La commission Lumumba (2000-2001), les mobilisations pour la création d'une place Lumumba à Bruxelles et le procès intenté par la famille Lumumba en 2011 constituent trois moments clés de l'institutionnalisation de la question coloniale dans l'espace public belge depuis la fin des années 1990. Cette intervention se propose de retracer par une approche socio-historique la construction progressive de ce problème public à travers ces trois espaces de conflits et de mobilisations. Le premier axe de mon travail se concentre sur les dynamiques partisanes à l'œuvre aussi bien à l'échelle communale que fédérale dans l'appréhension de ce problème par les pouvoirs publics et interroge plus particulièrement le processus de dépolitisation qui accompagne souvent la mise en mouvement de l'action publique dans ce domaine. Le second axe interroge les formes d'engagement et l'évolution du répertoire d'actions collectives des deux pôles militants de l'espace de la question coloniale, à savoir le pôle critique, ou décolonial, et le pôle conservateur, principalement représenté par les anciens coloniaux et leurs descendants.

Marti Luntumbue est doctorant au GERME sous la direction d’Abdellali Hajjat. Sa thèse porte sur la controverse Lumumba et la résurgence de la question coloniale dans l’espace public.